Renault Alpine A110, un Français et sa française au Québec

Publié le 3 mai 2013 dans Voitures anciennes par Alain Morin

Même si la Renault Alpine est à peu près inconnue au Québec, il en va tout autrement en Europe où cette petite voiture a fait la pluie et le beau temps, autant sur les routes publiques et les circuits de course qu’en rallye.

Pourtant, même si elle s’appelle Renault, Renault elle n’était pas, du moins à ses débuts! Retour en 1950… Jean Rédélé (1922-2007), alors âgé de 28 ans et concessionnaire Renault à Dieppe en France, décide de se lancer dans le rallye, un sport motorisé aussi populaire qu’âprement disputé. Pour sa première course, il choisit une Renault 4 et… gagne! Notre homme connaît beaucoup de succès aux Mille Miles en 1952, 1953 et 1954 et dans le Rallye international des Alpes, toujours en 1954. Mais il trouve que sa Renault 4 n’est pas suffisamment puissante. D’ailleurs, son aérodynamisme s’apparente plus à celui d’une grange qu’à celui d’une voiture de rallye.

Le début d’une belle histoire

En 1955, Rédélé prend le châssis d’une 4 et crée, avec l’aide du designer Italien Michelotti, un petit coupé joliment profilé, baptisé Alpine A106 Mille Miles en l’honneur des épreuves victorieuses. Il en profite pour démarrer son entreprise baptisée Alpine. La régie Renault ne voit pas cet exercice d’un bon œil et demande à Rédélé de ne pas être associée à cette voiture. Il faudra attendre 1967 avant que le losange Renault soit discrètement apposé sur la carrosserie des A110. Ainsi, si la voiture gagne, c’est grâce à Renault. Si elle perd, c’est à cause d’Alpine!

Malgré une carrosserie en matériau polyester, la voiture demeure trop lourde. Le châssis de la 4 est remplacé par une poutre centrale. Puis en 1963, le moteur torturé de la 4 est remplacé par celui de la Renault 8. L’Alpine A110 est née, en même temps qu’une légende.

Pour survivre et avoir suffisamment de fonds pour faire rouler ses voitures de course, Rédélé vend entre 300 et 400 exemplaires par année à des particuliers. Plusieurs de ces voitures connaissent une carrière en course ou, plus souvent, en rallye.

Entre 1963 et 1973, la voiture recevra plusieurs augmentations de puissance et s’imposera dans toutes les épreuves mondiales. Le rêve de Jean Rédélé, remporter le titre de champion du monde de rallye, est à portée de main. En 1973, c’est la consécration, Alpine décroche le championnat avec une forte avance sur Fiat. Cette année-là, Renault comprend le potentiel marketing de la voiture de Rédélé et devient actionnaire majoritaire dans la société Alpine.

Une Alpine traverse l’océan

Bien que l’Alpine ait été très populaire en son temps, on en retrouve très peu en Amérique principalement parce que le rallye n’a jamais été aussi en vogue chez nous qu’en Europe. Mais il y en a au moins une et elle appartient à un… Français, bien entendu! Après sa retraite d’une vie de compétition, l’Alpine A110 1974 #18395 est achetée par J.P. Alamy qui l’importe au Québec. En 1978, il la vend à Michel Gou, un sympathique ingénieur et professeur à l’école Polytechnique.

Notre professeur transforme sa voiture de rallye bleue en voiture de course et modifie le moteur et les suspensions puisque son utilisation sera différente. En effet, il entend faire de la course sur piste plutôt que du rallye. Son Alpine survole les circuits québécois jusqu’en 1984.

Le moteur de cette Alpine, un quatre cylindres de 1800 cc (1,8 litre) développe environ 190 chevaux. La transmission Renault de type Monte-Carlo, c’est-à-dire que ses engrenages sont les mêmes que ceux que les pilotes utilisaient pour courir le Rallye de Monte-Carlo, soit la configuration d’origine. La suspension avant est indépendante tandis que celle à l’arrière est à essieu à bras oscillant avec deux amortisseurs de chaque côté.

Pilotes agressifs s’abstenir!

La voiture ne pèse qu’environ 700 kilos grâce à une carrosserie en fibre de verre. Avec la plus grande partie du poids reposant sur l’essieu arrière, l’Alpine est une auto parfaite pour le rallye, faite pour attaquer. Cependant, cette répartition de la masse, ajoutée à des pneus de petite dimension (P215/50R13), la rend très sensible à piloter, surtout sur une surface mouillée ou poussiéreuse.

L’Alpine de Miche Gou est l’une des dernières construites par le service de course Renault. Son historique, la rareté des Alpine A110 dotées dès le départ du moteur de 1800 cc et son état proche de celui d’origine en font une voiture très recherchée.

Après quelques années d’inaction, l’Alpine est restaurée dans les couleurs de Renault Sport. La remise en forme du bolide prend environ trois ans, le temps de trouver les pièces, principalement en France. Elle a été menée de main de maître par le spécialiste Michel Guégan (www.alpine-america.qc.ca) de Sainte-Madeleine.

Après 1973, l’aventure Alpine tire de l’aile. La crise du pétrole oblige Renault à couper dans son programme. Déjà, en 1971, Alpine présentait la A310, une voiture tout à fait différente, plus cossue et destinée à concurrencer Porsche. Depuis, il y a eu l’Alpine GTA puis, enfin, l’Alpine A610 construite en 1991 et 1995. Ces bagnoles demeurent rare et sont toujours très populaires auprès des amateurs, autant en France qu’en Angleterre et même au Japon. Au prochains 24 Heures du Mans, en juin 2013, l’Alpine reprendra du service mais avec une mécanique Nissan. Il lui faudra travailler très fort pour, un jour, égaler la feuille de route et le prestige de la A110!

Ce texte, édité, a déjà été publié dans la revue Le Guide de l’auto édition magazine de juillet-août 2012

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