Mercedes-Benz Classe G 2015: Le paroxysme de l’illogisme

Publié le 1er janvier 2015 dans 2015 par Alain Morin

Carl Benz déposa, un jour, un brevet pour une automobile. C’était le 3 juillet 1886, marquant ainsi le début de l’automobile moderne. Depuis, la marque à l’étoile d’argent n’a cessé d’innover. L’an dernier, une visite dans les bureaux de recherche dans Silicon Valley, en Californie, nous a prouvé que Mercedes-Benz entend demeurer à la fine pointe de la technologie, mieux, d’être cette fine pointe.

Alors, comment expliquer que cette auguste marque, qui fabrique une Classe S qui n’est rien de moins qu’un arc-en-ciel de technologies, s’entête à offrir le Classe G, un véhicule dépassé à tous les points de vue? À tous les points de vue? Non. Pour quelques riches extravagants, il est, au contraire, superbement in!

Le développement du Geländewagen (pour des raisons évidentes, appelons-le tout simplement « le G ») débute en 1972. En 1975, il amorce une carrière militaire. Puis, en 1979, quelqu’un chez Mercedes-Benz a la brillante idée que quelques richissimes farfelus pourraient avoir envie de se promener dans un véhicule hors de l’ordinaire. Si ce véhicule était à côté de la plaque en 1979, imaginez 35 ans plus tard…

Comme on vient de le voir, le G a été créé pour une utilisation militaire. Ce qui explique sa carrosserie aux angles supracarrés, son aérodynamisme équivalent à celui d’une forteresse, son poids de tank et son habitacle d’une étonnante étroitesse. Encore plus étonnant, il ne s’agit pas d’un gros véhicule. En fait, il est plus court qu’un ML mais comme il est passablement plus haut, les perspectives sont déformées.

On ne peut refaire le passé
Il y a deux ans, le G a connu plusieurs changements esthétiques et c’est dans l’habitacle qu’ils ont été les plus heureux. Il n’est pas plus grand qu’avant mais, au moins, le tableau de bord est enfin moderne et « regardable ». Pour agrémenter la vie à bord, une longue liste d’options, toutes plus dispendieuses les unes que les autres, se retrouvera sous le nez de l’acheteur avant la signature du contrat. Avisons ce dernier que les places arrière ne sont pas des plus accueillantes et que le coffre est moins large que la moyenne même s'il est plus haut. Parfait pour déménager un arbre.

Le G est petit, néanmoins, comme les complexes d’infériorité ne semblent pas sa tasse de thé, il possède de gros moteurs! Le moteur de base (?!?) est un V8 de 5,5 litres développant 382 chevaux et 391 livres-pied de couple. Même si le véhicule pèse plus de 2 500 kilos, cette écurie est suffisante pour le propulser à 100 km/h plus rapidement que bien des berlines soi-disant sportives dans une sonorité qui fait jouir les tympans.

Cependant, les millionnaires veulent davantage qu’un véhicule de base. C’est pour ça que Mercedes-Benz propose aussi un G63 AMG. Dans le domaine de l’inutilité, c’est une réussite totale. Ici, le V8 de 5,5 litres se voit ajouter deux turbos qui amènent la puissance à 536 chevaux et 560 livres-pied de couple disponibles entre 2 000 et 5 000 tr/min. Le 0-100 est abattu en 5,4 secondes et le réservoir d’essence de 96 litres se vide pratiquement aussi rapidement. Avec ce moteur, il est difficile de s’en tirer sous 20,0 litres aux cent kilomètres en conduite tout à fait normale. Et si vous pensez que le « petit » moteur peut faire mieux, vous vous trompez! D’un autre côté, si la consommation d’essence d’un véhicule vous préoccupe, vous n’êtes probablement pas du genre à vous promener dans un Classe G…

Le luxe est dans le pré
S’il est une chose que le G fait bien, c’est quand vient le temps de rouler à côté de la route. Parce que dessus, c’est pénible. Le centre de gravité très élevé, les suspensions trop dures, la direction à billes d’un flou monumental s’unissent pour décourager toute conduite le moindrement sportive. Par contre, dès qu’on quitte le pavé, c’est le bonheur total! Tout d’abord, le châssis est de type à échelle, comme un truck. Un gros truck. Les suspensions, à essieu rigide autant à l’avant qu’à l’arrière, sont pratiquement indestructibles et le rouage intégral 4Matic à prise constante fait des merveilles que ce soit dans les roches, la boue, le sable ou la neige. Il est même possible de verrouiller les trois différentiels. Inutile de mentionner qu’on retrouve une gamme basse. Il est certes possible de s'enliser avec un Classe G mais il faut beaucoup de volonté. Ou très peu de talent. Dans le domaine du luxe bucolique, seuls un Range Rover ou un Lexus LX peuvent rivaliser avec le G.

Avec un prix de départ bien au-delà de 100 000$, le Mercedes-Benz Classe G550 est réservé à l’élite des excentriques. Le G63 AMG, lui, commande quelques dizaines de milliers de dollars supplémentaires permettant à la crème de l’élite des excentriques de regarder les autres de haut. Si jamais quelqu’un désire encore davantage, il existe une version à six roues motrices, le G63 AMG 6x6 qui coute plus d’un demi-million de dollars… Essayez de trouver mieux pour faire suer le petit peuple!

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