Pontiac Solstice, la Miata américaine

Publié le 30 janvier 2006 dans 2006 par Gabriel Gélinas

À l’image de la Miata (maintenant connue sous l’appellation MX-5), qui a permis à Mazda de dynamiser sa marque, la Solstice entreprend sa carrière avec le même objectif pour la division Pontiac et, par extension, pour General Motors. Les comparaisons entre ces deux voitures sont inévitables : toutes deux sont des roadsters dans le sens classique du terme, et toutes deux rendent hommage aux petites voitures sport britanniques de la fin des années cinquante et du début des années soixante.

En 2002, au Salon de l’auto de Détroit, la voiture-concept Pontiac Solstice avait « volé le show » comme on le dit communément. Mais on était encore loin de la réalité puisque le prototype dévoilé avait été construit à la hâte en moins de quatre mois en puisant allègrement dans l’éventail de composantes conçues pour certains modèles de General Motors. Ainsi, la voiture-concept était équipée d’une suspension arrière empruntée à une Buick Rendezvous, et sa suspension avant était celle d’une Pontiac Grand Am. De plus, General Motors ne disposait alors d’aucune plate-forme nécessaire à l’éventuelle production en série d’un tel modèle, comme l’avouait assez candidement Bob Lutz, responsable du développement des nouveaux modèles pour le géant de l’automobile et le principal instigateur du projet Solstice. La réaction de la part de la presse spécialisée et du public fut immédiate et à ce point enthousiaste que Lutz et ses ingénieurs ont dû créer en vingt-sept mois la plate-forme Kappa, une toute nouvelle architecture nécessaire à la réalisation de la Solstice et qui pourrait également servir de base pour le développement d’autres nouveaux modèles.

La Solstice est de conception similaire à la Corvette, dans la mesure où les procédés de fabrication sont semblables. Les châssis de ces deux voitures fait appel à des éléments hydroformés ainsi qu’à une « colonne vertébrale » centrale, mais les similitudes s’arrêtent là puisque la plate-forme Kappa ne partage aucun élément avec celle de la Corvette. Le fait que General Motors se soit donné la peine de développer une nouvelle plate-forme pour ce modèle témoigne de la volonté du géant américain de se tailler une place de choix dans le créneau des véhicules à vocation spécialisée. En effet, par le passé, si un modèle n’avait pas le potentiel de se vendre à plus de 250 000 exemplaires, les efforts pour le développer étaient là, mais les moyens sont modestes. J’ai encore en mémoire la Pontiac Fiero qui était un concept alléchant, qui possédait une silhouette accrocheuse, mais dont la mécanique avait été bricolée avec des composantes mécaniques de bas de gamme provenant de la Chevrolet Chevette et de la Citation pour ne nommer que les meilleures. Il faut de plus ajouter que Chevrolet a développé la nouvelle HHR avec autant de sérieux. Et compte tenu des coûts engendrés par le développement de la plate-forme Kappa, il est certain que des modèles en seront dérivés par les autres divisions. La Saturn Sky sera la première à se joindre à l’équipe Kappa puis ce devrait être au tour de la Chevrolet Nomad. Visuellement, le modèle de série est remarquablement fidèle au concept dévoilé en 2002. Tous les éléments de design qui ont assuré l’impact du prototype se retrouvent aujourd’hui sur la Solstice qui affiche toujours une calandre surdimensionnée qui respecte la tendance amorcée par plusieurs autres constructeurs automobiles récemment. Côté design, c’est plus que réussi. La Solstice a un look d’enfer qui va provoquer des coups de foudre, son attrait est indéniable et cet aspect est son point fort le plus évident. Pour ce qui est des dimensions, il est important de préciser que le modèle de production de la Solstice est plus grand que le prototype avec quatre pouces de plus en longueur et cinq pouces de plus en hauteur, alors que sa largeur est presque identique à celle de la Corvette, à un pouce près.

Pour les besoins de ce compte-rendu, j’ai eu l’occasion de rouler au volant d’un modèle de préproduction, c’est-à-dire d’un exemplaire construit avant la mise en marche de la chaîne de montage et de la production en série. Règle générale, les modèles de préproduction présentent parfois des lacunes en ce qui a trait à l’ajustement des pièces. C’était le cas avec cet exemplaire de la Solstice puisque l’on pouvait percevoir un bruit de vent assez persistant avec le toit en place. Au volant, il est facile d’adopter la position de conduite idéale et la disposition des pédales permet de réussir la manœuvre du talon-pointe qui consiste à augmenter le régime moteur pour rétrograder en douceur tout en freinant, ce qui sera particulièrement apprécié de tous les amateurs de conduite sportive. L’autre aspect qui ne manquera pas d’impressionner ce groupe, c’est la rigidité du châssis de la Solstice, un facteur important afin d’assurer une bonne tenue de route qui est d’ailleurs assez remarquable. Ajoutez à cela une direction très précise ainsi qu’un équilibrage quasi parfait des masses entre les trains avant et arrière, et on obtient une bonne recette pour ce qui est de la tenue de route qui est presque trop performante compte tenu de la puissance du moteur.

En effet, le 4 cylindres Ecotec de 2,4 litres adapté pour la Solstice ne livre que 177 chevaux à un régime moteur élevé de 6 600 tours/minute et son couple maximum de 166 livres-pied est atteint à 4 800 tours/minute. Comme la Solstice est chaussée de pneus surdimensionnés qui conviennent plus à une voiture équipée d’un moteur de 250 chevaux, on se retrouve avec trop de caoutchouc sur la route pour la puissance du moteur, et cela a une incidence directe sur l’agrément de conduite qui n’est pas aussi élevé puisque l’on a toujours l’impression de manquer de puissance en accélération à la sortie d’un virage. Ajoutez à cela le fait que la Solstice est une voiture assez lourde avec ses 1 297 kilos, et l’on se met à rêver d’une voiture plus légère avec un moteur plus performant pour exploiter plus efficacement la très bonne tenue de route de la Solstice. De ce côté, certaines rumeurs font état de la venue prochaine d’une version GT à moteur turbocompressé, ce qui permettrait à Pontiac de boucler la boucle car la voiture-concept était justement dotée d’une telle motorisation, ainsi que d’affronter directement des rivales plus performantes comme la BMW Z4 ou la Honda S2000.

Pour ses débuts, la Solstice ne sera proposée qu’avec une boîte manuelle à cinq vitesses, puisque la boîte automatique à cinq rapports ne sera offerte qu’en janvier 2006. Au sujet de la boîte manuelle, précisons qu’elle provient de la compagnie Aisin qui a également conçu la boîte de vitesses de la Honda S2000. Cette transmission fonctionne remarquablement bien sur la Solstice, comme j’ai été en mesure de le constater en roulant sur une route sinueuse comportant à la fois des virages et des changements d’élévation, ce qui m’a permis de remarquer que les sièges en cuir offerts en option sont déficients quant au soutien latéral en virage.

Pour ce qui est de la vie à bord, on s’aperçoit rapidement que la qualité des plastiques utilisés dans la conception de l’habitacle laisse à désirer. On ne peut aussi que déplorer le manque d’espaces de rangement ainsi que la localisation saugrenue des porte-verres qui prennent la forme d’un tiroir logé entre les deux sièges, obligent conducteur et passager à se retourner et à pratiquer des contorsions pour pouvoir les atteindre. Ridicule. De plus, le volume du coffre est réduit en raison du fait que le réservoir d’essence crée une bosse dans le plancher du coffre! C’est à se demander si GM réussira un jour à concevoir une voiture sport abordable sans qu’elle comporte une bosse quelque part, comme c’était le cas avec les défuntes Camaro et Firebird où le convertisseur catalytique empiétait sur l’espace accordé aux pieds du passager avant… Pour le côté pratique, on repassera, d’autant plus que lorsque le toit souple est replié, on peut à peine loger deux porte-documents dans le coffre et rien d’autre.

Il faut d’ailleurs s’interroger sérieusement sur le manque d’espace de rangement dans le coffre une fois le toit baissé. Plusieurs cabriolets sont dépouillés d’une bonne partie du coffre lorsque le toit souple est replié, mais cette fois c’est l’anéantissement total. Si vous voulez partir en voyage en profitant de beau temps et du soleil en abaissant la capote, vous devrez mettre en pratique le thème « Mon bikini, ma brosse à dent » d’une ancienne campagne publicitaire d’une compagnie aérienne. Même une petite mallette pourra difficilement trouver place à l’arrière. Il est toujours aberrant qu’une compagnie de l’envergure de GM ne puisse pas trouver une solution plus pratique. Bref, vous devrez voyager avec le toit en place et vos bagages dans le coffre. Une fois à destination, les valises devront être rangées pour rouler cheveux au vent, du moins s’il vous en reste.

Dans un avenir rapproché, General Motors offrira un toit rigide qui pourra équiper la voiture durant les mois d’hiver. Il est également possible que de nouvelles versions de la Solstice voient le jour prochainement, soit un modèle allégé avec toit fixe qui pourrait être inscrit en compétition qui viendrait s’ajouter à la Solstice GT à moteur turbocompressé décrite ci-haut. Par ailleurs, la plate-forme Kappa servira de base au cabriolet Saturn Sky, ainsi qu’à une voiture de marque Opel qui sera exportée sur le marché européen exclusivement, cette marque ne faisant pas partie du paysage automobile nord-américain.

Essentiellement, la Solstice est une Miata « Made in USA », et sa mission est de redorer le blason de Pontiac ainsi que de General Motors. Pour ce faire, la Solstice peut compter sur des qualités indéniables, mais il est regrettable qu’elle soit aussi lourde, ce qui s’avère être son handicap majeur. Avec moins de kilos et plus de chevaux, on aurait pu crier au génie, mais pour l’instant on se contente d’un bravo tout de même bien senti.

Feu vert

Look d’enfer
Châssis rigide
Tenue de route performante
Direction précise

Feu rouge

Poids élevé
Qualité des plastiques utilisés pour l’intérieur
Volume du coffre et espaces de rangement
Manque de soutien latéral (sièges en cuir)

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