Quelles sont les routes les plus dangereuses au Québec?

Publié le 16 octobre 2020 dans Actualité par Journal de Montréal

Par Annabelle Blais et Philippe Langlois

Malgré toutes les interventions policières, les échangeurs autoroutiers sont les endroits où les automobilistes courent le plus grand risque de collision, révèle une analyse inédite de quelque 435 000 accidents survenus au Québec entre 2014 et 2019.

Le Bureau d'enquête du Journal de Montréal vous présentera samedi une grande carte et un puissant outil interactif en ligne qui montrent précisément les endroits les plus dangereux du réseau routier québécois.

C’est à Québec que se trouve le tronçon où l’on compte le plus d’accidents, soit sur l’autoroute 40, à l’intersection du boulevard Pierre-Bertrand.

Entre 2014 et 2019, nous y avons calculé 668 accidents qui ont fait 100 blessés.

Environ 220 000 véhicules y circulent chaque jour, ce qui en fait le tronçon où le débit est le plus important dans la région, sans toutefois dépasser ceux de plusieurs tronçons montréalais.

Si on s’intéresse aux accidents qui ont causé le plus de blessés, l’endroit le plus dangereux est l’échangeur de la route 132 et de l’A25, près du tunnel Louis-Hippolyte La Fontaine à Longueuil.

Mélanie Dumaresq, porte-parole de la Sûreté du Québec, blâme le comportement des automobilistes pour les problèmes à cet endroit.

« Les gens ne respectent pas la ligne continue pour accéder à la bretelle [de la 132] qui mène vers le tunnel. Ils coupent les voies et c’est là qu’arrivent des collisions », explique-t-elle.

Constats d’infraction

Le problème est tel que depuis quelques années, la Sûreté du Québec utilise un avion à l’automne pour surveiller cet endroit.

Cette année, l’appareil n’a pas été utilisé, mais ça n’a pas empêché les patrouilleurs de distribuer 30 constats d’infraction en seulement deux heures, le 8 octobre.

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) effectue d’ailleurs un projet pilote de marquage des directions au sol, un peu en amont de la sortie problématique, dans l’espoir de diminuer les changements de voie soudains. 

« Des comparaisons avant-après seront effectuées (débits et vitesses) et des vidéos permettront de comparer les comportements délinquants en période de congestion routière », précise le porte-parole du MTQ Nicolas Vigneault.

Une des principales causes d’accidents est la congestion récurrente du tunnel qui, « par effet domino », a des répercussions sur la fluidité de la circulation, ajoute-t-il.

Fort débit et entrecroisement

Nicolas Saunier, professeur spécialiste de sécurité routière à Polytechnique Montréal, rajoute que le nombre élevé d’accidents sur les échangeurs s’explique en raison du fort débit et du fait que les routes s’entrecroisent.

« Cette combinaison de mouvements fait qu’il y a des points de conflit où les flux se croisent et où c’est plus dangereux », dit-il.

Les carrefours giratoires installés à la sortie d’une bretelle d’échangeur sont de plus en plus nombreux, et c’est une piste intéressante pour sécuriser ces endroits, ajoute-t-il. 

UNE EMBELLIE EN 2020 ? PAS SI VITE !  

Même si les routes sont moins fréquentées en 2020 à cause de la pandémie, le nombre d’accidents graves et mortels pourrait être plus élevé, selon des experts.

En date du 7 octobre, la Sûreté du Québec a dénombré 166 morts dans des collisions sur son réseau, contre 157 à pareille date l’an dernier. 

On a déjà des indices très sérieux de ce qui nous pend au bout du nez, croit le psychologue Jacques Bergeron, de l’Université de Montréal, spécialiste de la conduite automobile.

Il cite une étude ontarienne publiée en juillet, qui avance que l’augmentation du stress et de l’anxiété, du temps libre et de la consommation d’alcool ou de drogue des derniers mois pourrait se traduire par une conduite plus à risque sur nos routes.

« La route, c’est très présent dans notre vie et c’est une des manifestations de nos comportements. Quand ça va mal dans nos vies, on est porté à se conduire mal sur la route : conduire plus rapidement, être plus agressifs ou prendre davantage de risques comme ne pas faire un stop », explique M. Bergeron.

Plus d’excès de vitesse

Plusieurs pays dont l’Australie et les États-Unis rapportent davantage de vitesse au volant et de conduite dangereuse.

La police de Toronto avait elle aussi confirmé une augmentation de 35% du nombre de contraventions pour vitesse au volant et une hausse de 200% des cas de conduite dangereuse entre le 15 et le 31 mars 2020, par rapport à 2019.

Mais du côté du Service de police de la Ville de Montréal, on constate plutôt une baisse du nombre de contraventions pour excès de vitesse (-19%) et conduite dangereuse (-34%) si on compare les périodes de janvier à octobre 2019 et 2020.

Chose certaine, les conducteurs perçoivent une différence. Dans un sondage pancanadien CAA réalisé en juin, la majorité des Canadiens (59%) disent avoir remarqué davantage de comportements de conduite dangereuse depuis le confinement, surtout des excès de vitesse. 

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