Systèmes de sécurité : défaillances inquiétantes chez Honda

Publié le 11 décembre 2020 dans Blogue par Antoine Joubert

Comme plusieurs autres constructeurs, Honda propose des technologies de sécurité active offertes de série sur un nombre grandissant de modèles.

Détection et atténuation de sortie de voie, détection d’obstacles en marche arrière et dans les angles morts, alerte de collision frontale, freinage à réduction d’impact et régulateur de vitesse adaptatif, etc. Ces systèmes font partie des caractéristiques que le fabricant nippon rassemble sous un chapeau qu’on baptise Honda Sensing.

Depuis quelques années, une majorité de véhicules vendus par Honda en sont équipés, à commencer par la Civic et le CR-V, les deux modèles les plus populaires de la marque. Le chroniqueur que je suis, mettant à l’essai chaque année plusieurs véhicules, est donc à même de constater les bénéfices de ces systèmes ainsi que les irritants. Le premier qui me vient en tête? Un régulateur de vitesse « intelligent », au point où la détection du véhicule qui précède est faite à une distance telle que je préfère tout simplement ne pas l’utiliser.

Or, j’ai également pu constater au fil des ans de sérieuses lacunes relatives au système d’alerte de collision frontale et surtout au système de freinage à réduction d’impact chez Honda. Baptisé CMBS (Collision Mitigation Braking System), ce dernier est conçu, et je cite, pour appliquer une légère force de freinage si vous ne réagissez pas aux alertes du système d’alerte de collision frontale. Puis, si le CMBS détecte toujours une collision imminente, on applique alors fermement les freins. Maintenant, si dans la majorité des cas, le système se montre efficace, il arrive parfois qu’un obstacle soit détecté alors qu’il n’en est rien.

Évidemment, l’alerte de collision en marche avant qui clignote au tableau de bord ou qui vous envoie un signal sonore n’a pas d’impact autre que celui de capter votre attention ou de vous agacer. Parce qu’en effet, ce système est à ce point intrusif qu’il vous avise à tout bout de champ d’un risque potentiel, même si les réglages du système sont ajustés à la plus courte distance de détection possible. Or, lorsque le véhicule décide de freiner de lui-même, c’est une autre histoire.

Personnellement, c’est en circulant sur une route secondaire que le système m’a démontré sa faille. Alors que je roulais à environ 75 km/h, une voiture s’amenant en sens inverse sortait d’un virage avant de me croiser. Dans les faits, la voiture s’est donc retrouvée devant moi pour une courte période, et ce même si elle circulait dans la voie opposée. Or, cela n’a pas empêché la Honda Accord 2018 dans laquelle je me trouvais d’appliquer promptement les freins, sans égard au fait que le véhicule se trouvait en sens inverse. Une situation qui aurait pu être franchement dangereuse si un véhicule m’avait à ce moment suivi juste derrière.

Témoignage

Autour de moi, plusieurs collègues journalistes/essayeurs et amis personnels qui possèdent différents modèles de la marque m’ont aussi fait part de situations similaires. Aux États-Unis, il existe même un recours collectif qui traite de ce problème précis. On peut également lire de nombreux commentaires sur le sujet sur le forum « CRV Québec » où les gens font état de ce problème.

Il y a six mois à peine, Patrick Lafortune se procurait un Honda CR-V Touring 2020. Un choix qu’il avait effectué de façon rationnelle, après moult ennuis rencontrés avec une Audi, trop coûteuse à entretenir. Patrick a donc choisi de louer sur un terme de cinq ans le CR-V en question, préconisant la tranquillité d’esprit et sachant, selon les dires du vendeur, que le concessionnaire pourrait lui remplacer son véhicule bien avant l’échéance de son bail. Or, ce monteur de ligne d’Hydro-Québec n’avait hélas pas imaginé que le système de sécurité de son CR-V causerait sa perte. En somme, une collision survenue à une intersection dans laquelle il s’est engagé, parce qu’il avait amplement le temps de le faire.

Photo: Courtoisie

Malheureusement, le véhicule aurait à ce moment précis détecté un obstacle (non existant), choisissant de freiner brusquement en plein centre de l’intersection. Une feuille, un oiseau, une mouche? Difficile de dire quel était « l’obstacle » en question, tombé dans l’œil du capteur électronique. Or, cette erreur du système a eu pour effet de causer une collision et par conséquent, environ 26 000 $ de dommages sur ledit CR-V. Pire encore, Patrick a depuis dû cesser de travailler en raison d’un choc qui lui causerait des pertes d’équilibre. Pas très pratique, vous en conviendrez, lorsque vous êtes monteur de ligne…

Selon Patrick, il s’agissait de la seconde fois que son CR-V réagissait ainsi, sans raison. Après avoir discuté avec son concessionnaire et le service à la clientèle de Honda Canada, rien à faire. Le véhicule est construit comme ça et il en est ainsi, lui a-t-on dit. Bref, on s’en lave les mains.

Photo: Courtoisie

De mon côté, la réponse reçue du constructeur fut plus nuancée. En fait, Honda Canada est conscient que le système peut « en de très rares occasions » présenter des failles, ce qu’on aurait surtout remarqué avec les modèles Ridgeline, Pilot et Passport. Or, en ce qui concerne le CR-V 2020, les incidents répertoriés se compteraient sur les doigts d’une main, selon Honda. Le constructeur suggère donc à Patrick de déposer une demande au PAVAC (comité d’arbitrage pour les fabricants automobiles), lequel sera en mesure d’évaluer si Honda Canada est en faute et s’il y a lieu d’un règlement.

En attendant, il n’existe pour l’heure aucune solution pour régler ce problème. Avec raison, Honda affirme avoir évité de nombreux accidents grâce à cette technologie, bien qu’on admette que rien ne soit parfait. Quoi qu’il en soit les conséquences sont considérables pour Patrick. Au chapitre de la santé, bien qu’il admet avoir été chanceux dans sa malchance, mais aussi parce qu’il se retrouve avec un CR-V 2020 entaché d’un sévère dossier d’accident, ce qui affecte bien sûr sa valeur marchande. Conséquemment, le concessionnaire ne risque pas de le lui remplacer avant la fin du terme de location, parce qu’il sera beaucoup plus difficile à revendre qu’un autre.

En terminant, inutile de vous dire que Patrick, qui au moment d’écrire ces lignes, n’avait toujours pas repris possession de son véhicule en raison de la non-disponibilité de certaines pièces, ne voit pas d’un très bon œil l’idée de conduire ce CR-V pour encore quatre ans et demi. Parce qu’il en garde un goût amer, mais aussi parce qu’il ne se sent pas en sécurité. Un constat ironique, sachant que toute cette histoire a justement été causée…par un système de sécurité!

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