CMP 1944, tout un "truck" d'armée!

Publié le 4 novembre 2009 dans Voitures anciennes par Alain Morin

Le terme véhicules de service réfère généralement aux ambulances, autos patrouille, camions de pompiers, etc.  En réalité, cette catégorie s’avère beaucoup plus large.  De tous les véhicules qui ont rendu des services (des camions de pompiers aux déneigeuses en passant par les camions à ordures), les camions utilisés lors des guerres ne doivent pas être négligés en raison, surtout, de leur importance sur le terrain.  De plus, après leur utilisation militaire, nombre de ces camions ont connu une deuxième carrière dans le civil grâce à leurs incroyables capacités motrices.

Avant la deuxième guerre mondiale (1939-1945), le Canada achetait peu de matériel militaire. Chevrolet et Dodge subvenaient aux besoins avec des produits maison.  Lorsque le conflit éclate, il devient vite évident que les sources d’achat ne pourront pas supporter la demande.  Le département de la Défense Nationale mandate alors Ford et Chevrolet pour fabriquer ce type de véhicules, selon les plans du gouvernement britannique.  Ces véhicules répondent à des critères très précis selon un protocole baptisé CMP (Canadian Military Pattern ou, si vous préférez, Patron Militaire Canadien).  Selon le site www.mapleleafup.org, lorsque la deuxième guerre mondiale prend fin, en septembre 1945, le Canada a produit près de un million de véhicules militaires à Oshawa (Chevrolet) ou à Windsor (Ford)!

Quand il faut passer partout
Ces véhicules canadiens destinés aux armées du Commonwealth se divisent, en gros, en trois catégories; les chars d’assaut, les "softskins" et les véhicules blindés.  Dans cet article, nous nous concentrerons sur les "softskins", des véhicules non blindés surtout destinés au transport des troupes, des munitions ou de différents outils.  Ils pouvaient aussi servir de remorqueuses, d’ambulances ou de dispensaires et étaient à l’occasion transformés en unité de radio mobile.  Dans certains cas, une bâche suffisait tandis que dans d’autres, la partie arrière était fabriquée en aluminium. 

Le camion qui apparaît ici est un Chevrolet CMP C60L Three Tonner 1944, un des seuls au Québec.  Le "L" de la désignation signifie qu’il s’agit d’un véhicule à empattement long (158" ou 401 cm), contrairement à un CMP C60S ("S" pour "short" ou "court" en français, à 134" ou 340 cm).  Quant au "Three Tonner", il s’agit, bien entendu, d’un camion pouvant transporter théoriquement trois tonnes de matériel.  Comme on s’en doute, il pouvait supporter bien plus!

Lentement mais sûrement...
Le moteur de ce rudimentaire Chevrolet est un six cylindres en ligne de 216 pouces cubes développant un maigre 85 chevaux.  Par contre, le couple de 170 livres-pied est atteint dès 1 200 tours/minute.  La transmission est une manuelle à quatre rapports.  Bien que quelques modèles de "softskins" aient été mus par les roues arrière, la plupart, comme notre véhicule vedette, ont droit à un système 4x4 aussi efficace que peu sophistiqué.  D’ailleurs, tout, mais absolument tout dans ce type de véhicule, est pensé en fonction de l’efficacité et de la simplicité d’entretien.  En fait, avec quelques clés (1/2, 9/16, 5/8 et ¾), il est possible de monter et démonter tout le camion!  L’esthétisme et le confort des occupants ne figuraient même pas au cahier de charge initial… 

Lorsque Gerry Boucher de Waterloo en Estrie a fait l’acquisition de son Chevrolet CMP 1944 il y a quelques années, une restauration en règle s’imposait même si le véhicule militaire n’était pas trop affecté par les vicissitudes de la vie.  Curieusement, les différentes pièces de la carrosserie et de la mécanique n’ont pas été difficiles à trouver sauf le maître-cylindre qu’il a fallu reconstruire, faute d’en trouver un sur le marché.  Par contre, le système de freins assistés au vacuum fonctionnait à merveille!  Bien qu’il n’ait jamais été exporté en Europe, ce camion a tout de même servi durant la deuxième guerre.  Ensuite, comme la plupart de ses compatriotes, une deuxième carrière l’attendait.  Alors que certains devenaient des chasse-neige, d’autres des dépanneuses et certains des camions à bois, ce CMP C60L avait été transformé, comme plusieurs autres, en camion de pompier pour les feux de brousse pour la ville de Ste-Agathe dans les Laurentides. 

Le 11 novembre, jour du Souvenir
Lorsque le conflit mondial prend fin en septembre 1945, la production de véhicules militaires ne cesse pas immédiatement.  Jusqu’au début des années ’50, Chevrolet continuera à les construire, toujours pour le compte de l’armée canadienne.  Ensuite, des véhicules non finis seront expédiés en Afrique, en Norvège, en Inde ou en Australie (tous des pays avec conduite à droite) où une boîte de fabrication locale y sera boulonnée.
Il n’existe pas d’association de propriétaires de véhicules militaires au Québec mais une quarantaine de collectionneurs et restaurateurs comme Gerry Boucher se rencontrent à l’occasion. Et une de ces occasions est le 11 novembre, jour du Souvenir, alors que plusieurs municipalités organisent des défilés commémoratifs.

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