Distractions au volant : Contradictions modernes

Publié le 21 octobre 2014 dans Technologie par Daniel Beaulieu

Début octobre, Le Guide de l’auto est allé à Québec assister au colloque Les distractions au volant, organisé dans le cadre des 27es Entretiens du Centre Jacques-Cartier (un organisme qui fait le pont entre les professionnels de la francophonie). Question d’entrer dans le vif du sujet, nous avons pris le chemin de la capitale dans un Ford C-Max SEL 2014 doté du système d’infodivertissement MyFord Touch et de la reconnaissance vocale Sync. Sur la soporifique autoroute 20, la distraction doit venir de l’intérieur…

Pendant deux jours, des spécialistes en sécurité routière nous ont entretenus sur le comportement des usagers, les véhicules, la réglementation et les infrastructures. La distraction au volant est une source d’accidents dont l’importance est difficile à chiffrer – qui va avouer (en sortant du fossé) qu’il était en train de texter? En France comme aux États-Unis, les distraits représenteraient 16 % des accidentés. En Belgique, ce taux serait de 40 %!

Les distractions peuvent être visuelles (une Ferrari!), manuelles (manipuler la radio), cognitives (un calcul complexe qui vous suit depuis le bureau) ou auditives (un coup de klaxon). Le téléphone au volant les regroupe toutes, mais vous pouvez aussi être distrait par vos pensées, ou, exemple au hasard, par le déchiffrage des menus du système de navigation d’un C-Max. N’empêche que le téléphone est à l’avant-plan de la lutte aux distractions. Pas moins de 142 pays interdisent de manipuler un téléphone au volant, alors que 34 autres interdisent même le mode mains libres. Tous les chercheurs présents au colloque s’entendent : la conversation est une distraction cognitive, même par Bluetooth, et leurs études démontrent que les risques de blessures graves quadruplent pendant une conversation! Une étude américaine faite sur des conducteurs in situ a d’ailleurs établi des taux de distraction similaires pour des conversations avec combiné, en mains libres ou… avec un passager. Le verdict est donc clair : le problème est la conversation, point. Un gars sur trois ne parlait plus dans le C-Max au retour – celui qui avait retenu la leçon!

Les textos : Dangereux… même en marchant!
Ça se corse encore plus avec les messages textes, car cette distraction est à la fois visuelle, manuelle et cognitive. Elle accapare l’activité cérébrale, augmente le temps de réaction et peut faire rater certains signaux indiquant que ça va bientôt aller très mal… et pas juste pour les automobilistes. Dans 20 % des accidents impliquant des piétons ou cyclistes fautifs à Montréal, leur propre distraction est en cause. Doit-on prendre exemple sur le New Jersey, qui interdit de texter en marchant? L’Université de Washington a démontré en effet que pas moins de 60 % des piétons se déportent de leur trajectoire en tapant un message texte… et dire que pas moins de 18 % des jeunes avouent texter au volant! L’industrie des technologies de l’information (TI) a « la » solution : texter par la voix. Notre C-Max le fait, et 32 % des véhicules du millésime 2012 disposaient déjà de la reconnaissance vocale (en 2019, ça sera 55 %).

Les experts concluent que la conduite devient, hélas, contradictoire à un monde multitâche en plein essor. Les feux rouges et les longs parcours autoroutiers deviennent des « temps morts » meublés par les communications. Les normes sociales branchées et la perception biaisée du risque n’ont que faire des temps de réaction accrus provenant de la distraction au volant. L’industrie automobile répond aux effets secondaires de la distraction en déployant une pléthore d’aides à la conduite, et le lobby des hautes technologies nous annonce que le véhicule autonome sera la solution pour le risque zéro, en soustrayant le maillon faible de l’équation, c'est-à-dire le conducteur, qui sera alors libre de bizouner sur son téléphone.

30 secondes pour mourir
En attendant ce jour, la NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration) a publié des lignes directrices pour les manufacturiers quant à la distraction des conducteurs par les systèmes embarqués, mais l’industrie automobile les conteste et les ignore en bonne partie. Le AgeLab du prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology) nous a présenté son étude détaillée réalisée sur la route avec des conducteurs « normaux » dans des véhicules munis de Sync et MyLincoln Touch (les mêmes interfaces que dans le C-Max). La reconnaissance vocale promet de vous faire garder les yeux sur la route, mais en moyenne, une entrée de navigation prenait 110 secondes, dont 30 sans regarder la route… Et que dire des gadgets comme le coach d’écoconduite de notre C-Max hybride dont les trois écrans rivalisaient pour capter notre attention!

Malgré tout, il faut dire que le bilan routier s’améliore : 400 morts en 2013, c’est encore 400 de trop, mais il faut remonter à 1945 pour un aussi faible niveau au Québec. La France a également eu ses meilleurs résultats l’an dernier depuis qu’un registre est tenu (1954). Outre les efforts de la police, des ingénieurs et des législateurs, les dignitaires du colloque ont quand même salué les manufacturiers automobiles, pour les grands progrès effectués dans le domaine de la sécurité active et passive des voitures d’aujourd’hui.

Bon, il est où déjà le bouton pour téléphoner?

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