L'histoire des muscle cars

Publié le 6 août 2018 dans Voitures anciennes par Alain Morin

L’appellation muscle car désigne généralement une voiture américaine de format intermédiaire dotée d’un moteur très puissant et accessible financièrement à la plupart des bourses. La mode des muscle cars a connu son apogée dans les années 60 et s’est éteinte dans les années 70.

De nos jours, les moteurs générant plus de 600 chevaux sont presque monnaie courante. Dans certains cas, on parle même d’au-delà de 700… pour une voiture de production! L’expression muscle car n’est plus utilisée même si, dans les faits, une Dodge Challenger en est la parfaite incarnation.

Un peu d’histoire…
De tous temps, l’Homme a voulu aller plus vite, que ce soit à pied, à mammouth, à cheval ou en automobile. Déjà, dans les années 20, certains fournisseurs offraient des pièces de performance pour une Ford Model T! Mais l’histoire des voitures musclées (muscle cars) commence avec la fin de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

Les constructeurs automobiles profitent des avancées en matière de métallurgie, de chimie et d’électronique acquises lors du malheureux événement et les adaptent à leurs véhicules. C’est ainsi qu’avec les indices d’octane plus élevés requis pour les avions, les constructeurs peuvent relever le taux de compression des moteurs et donc améliorer les performances. Il ne s’agit que d’un exemple parmi tant d’autres.

Après la guerre, la société américaine renaît. Les usines tournent à fond, l’argent ne fait pas défaut et un vent de fraîcheur envahit le pays. La course automobile devient un exutoire ludique… et payant pour les constructeurs qui comprennent rapidement le sens de « Win on Sunday, Sell on Monday » (Gagnez le dimanche, vendez le lundi)! La course s’inscrit dans la culture américaine. L’arrivée de voitures de plus en plus puissantes et de plus en plus accessibles à toutes les bourses à la mi-temps du siècle dernier n’est donc pas fortuite.

Le début avec l’Oldsmobile 88 1949
L’histoire des muscle cars prend d’abord forme avec l’Oldsmobile 88 de 1949, mue par un nouveau V8 de 303 pouces cubes développant 135 chevaux, une cavalerie respectable pour l’époque. Ce moteur est baptisé, à juste titre, « Rocket ». Surtout, la voiture amène la puissance à un niveau accessible à plus de personnes.

Par la suite, la puissance fait un bond de géant. Si, en 1950, le V8 Rocket de la 88 libérait 135 chevaux, le moteur le MOINS puissant offert en 1960 en déployait 240! La décennie des années 50 est marquée par la mise en marché de voitures puissantes qui transcendent leur époque, la Chrysler C-300 1955 en tête. La Chevrolet Corvette, née en 1953 avec un vieux six-cylindres en ligne de 150 chevaux, se retrouve avec un V8 de 290 chevaux en 1959! Ford n’est pas en reste avec sa Thunderbird animée d’un V8 de 193 chevaux et présentée en 1955.

Un pas en arrière pour mieux avancer ensuite
Mais le temps s’assombrit. Lors de la course des 24 Heures du Mans de 1955, un accident entraîne la mort de plus de 80 personnes et fait plus de 120 blessés, la plupart étant des spectateurs. Cet événement engendre une certaine aversion du public et des constructeurs pour la course et la performance en général. En juin 1957, l’Automobile Manufacturer’s Association (AMA), représentée par tous les constructeurs américains, interdit à ses membres de participer de façon directe à des courses automobiles et même de supporter toute équipe de course. General Motors impose à ses divisions de ne pas équiper ses voitures d’un moteur de plus d’un pouce cube par dix livres. Une voiture pesant 3 500 livres ne pouvait donc être dotée de série d’un moteur de plus de 350 pouces cubes.

La Pontiac GTO, celle qui a lancé les hostilités
Malgré cela, quelques ingénieurs de Pontiac s’amusent, dans leurs temps libres, à insérer un V8 de 389 pouces cubes dans une Tempest Coupe. Et, pour contourner le règlement, on le rend accessible par le biais d’une option baptisée W62 GTO Package. La guerre des muscle cars vient de débuter…

Les esprits s’échauffent et Ford et Chrysler oublient rapidement l’entente avec l’AMA. Les années 60 représentent le summum de la débauche. General Motors assure sa présence grâce à la Pontiac GTO, bien sûr, mais aussi avec les Buick Skylark GS400 et GSX, les Chevrolet Malibu SS, Chevelle SS396, Camaro, Corvette et Oldsmobile 442. Ford ne se défend pas trop mal avec ses Fairlaine 427, Torino Cobra 428 et Talladega, Mercury Montego GT et la Mustang, entre autres. Même la petite American Motors Corporation (AMC) propose une Rebel The Machine, sans oublier ses superbes Javelin et AMX.

Toutefois, c’est la Chrysler Corporation qui se démarque le plus. Déjà habituée aux moteurs puissants (lire Hemi), elle profite à plein de cette période débridée. On lui doit les Dodge Coronet, Charger et Charger Daytona, Super Bee (Plymouth Road Runner) et Challenger, les Plymouth Superbird, 'Cuda, GTX, Satellite, quelques vaillantes Valiant et on en passe!

Le début de la fin
La folie des grandeurs atteint son apogée en 1970. Cependant, les primes d’assurances grimpent en flèche. Les muscle cars sont très puissants, mais ils ne tiennent pas très bien la route. Les freins ne sont pas très efficaces, la suspension à lames ne peut contenir les transferts de poids et que dire des pneus à plis trop étroits qui se déforment dans les courbes prises trop rapidement. Les accidents (et les accidentés) sont nombreux.

Parallèlement, à l’automne 1973, un immense choc pétrolier déstabilise l’Amérique. Le prix du baril double, puis triple, conséquence d’une pénurie qui enflamme les esprits et tarit les pompes. Comme les muscle cars brûlent de l’essence à un rythme effarant, on y pense maintenant deux fois avant d’apposer sa signature au bas d’un contrat.

En même temps, la société prend davantage conscience de l’importance de l’environnement et met de plus en plus de pression sur les gouvernements mondiaux pour réduire les émanations nocives des véhicules. Dès 1976, en réponse aux normes CAFE (Corporate Average Fuel Economy) du gouvernement américain, les constructeurs des États-Unis présentent des voitures « downsizées », c’est-à-dire aux proportions et au poids réduits, donc moins énergivores. Les Corvette, Camaro et Mustang survivent à l’hécatombe, mais à quel prix?

Il faudra attendre les années 90 avant que le mot « performance » ne revienne à la mode, faisant oublier les sombres années 80. Heureusement, les Mustang, Camaro, Corvette et Challenger ont survécu et font aujourd’hui honneur aux muscle cars d’antan.

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