Land Rover Defender : était-ce vraiment mieux avant?

Publié le 26 décembre 2020 dans Essais par Louis-Philippe Dubé

Land Rover Defender 110 2021: défendre son héritage 

La disparition du Land Rover Defender en sol nord-américain à la fin des années 90 est attribuable à plusieurs facteurs. Son manque critique de sacs gonflables, entre autres problématiques au chapitre de la sécurité, était l’un des éléments à l’origine de la grogne des autorités.

Depuis son départ, l’histoire de la marque Land Rover a néanmoins suivi son cours au pays, et ce, à grands coups de VUS monocoques d’une fiabilité douteuse, mais arborant une touche britannique distincte qui se démarque dans le raz de marée de VUS allemands qui déferle sur nos routes.

Or, il n’est pas rare de croiser une relique Defender du début du millénaire, dévalant nos routes tel un gros mur de tôle combattant l’inévitabilité de la physique, et laissant derrière lui un épais nuage de fumée.

Comme vous le savez déjà, le Defender a fait un comeback. Il a l’air moins méchant, certes, avec sa silhouette arrondie et une binette moins austère, et il a acquis une « intelligence hors » route qui est à des années-lumière de celle de son prédécesseur. Et il n’a pas renié son héritage non plus, en arborant des éléments commémoratifs modernisés qui font de lui l’utilitaire « chic-robuste » qu’il a (presque) toujours été.

Un petit voyage dans le temps fort révélateur

Ça allait de soi, si j’empruntais un Defender 110 2021 tout neuf, je devais trouver un vieux Defender quelque part, ne serait-ce que pour les mettre côte à côte et les contempler avec émerveillement. Ce fut rapidement chose faite ; l’ami d’un ami possédait un spécimen 110 de l’année 2002 originalement immatriculé en Espagne qui suivit la route des grands explorateurs pour mettre ses quatre roues en terre québécoise.

Ma première question posée au propriétaire fut : « Qu’est-ce que tu détestes le plus sur ton Defender ? »

« Il coule. Il coule tout le temps », a-t-il répondu sans hésiter.

« Mais tu sais ce qu’ils disent ? Si ton Defender ne coule pas, ça veut dire qu’il n’y a plus d’huile dans le carter », a-t-il ajouté, en ricanant.

L’ami de l’ami a également indiqué que son Defender n’était vraiment pas à l’épreuve des intempéries de la Belle Province, qu’il y a un facteur vent à s’en glacer les orteils dans l’habitacle et que la rouille s’accumule allégrement en dessous du véhicule.

Après qu’il m’eut raconté un trek de 8 000 kilomètres vers les Rocheuses qu’il a entrepris avec sa famille à bord dudit Defender comme s’il s’agissait d’une course au Costco, j’ai eu le sentiment que les courants d’air dans la cabine et le châssis orange n’empêchaient pas ce gars-là d’apprécier son acquisition.

Des vieilles habitudes

Bien qu’il s’éloigne du look du Defender tel que nous le connaissons, le nouveau Defender est toujours fidèle à son héritage sur quelques points.

À l’extérieur, la prise d’air de type snorkel saute aux yeux, suivie des plaques antidérapantes sur le capot. Le porte-bagages latéral était un accessoire populaire jadis, et il complémente aujourd’hui le look hors route moderne. En haut de ça, les petites fenêtres incurvées qui suivent la ligne du toit constituent aussi une caractéristique que l’on retrouvait sur les vieux Defender, tout juste en dessous du grand porte-bagages sur le toit.

Dans l’habitacle, la position de conduite anormalement élevée est une caractéristique qui a collé. L’angle presque droit du tableau de bord est demeuré, et celui-ci offre beaucoup d’espaces de rangement, tout comme son ancêtre.

Vous aurez probablement remarqué que le vieux Defender s’est muni d’un écran d’infodivertissement qui n’est pas d’usine. Le nouveau Defender, lui, hérite du système Pivi Pro sur écran de 10 pouces — pas mal plus complexe à utiliser, mais débordant de fonctionnalités.

Des motorisations disparates, c’est peu dire

Le Defender 2002 110 est animé par une motorisation diesel TD5 de Land Rover, soit un cinq cylindres de 2,5 L qui développe 122 chevaux et 221 lb-pi de couple, jumelée à une boîte manuelle à cinq vitesses.

De l’autre côté, notre Defender 110 2021 est muni d’un groupe motopropulseur P400, qui comprend un moteur six cylindres de 3,0 L générant 395 ch et 406 lb-pi de couple et un alternateur/démarreur de technologie MHEV muté à une batterie lithium-ion de 48 volts. Il est couplé à une transmission automatique à 8 vitesses. Les leviers sont quasi décoratifs ; tout est électronique — toutefois les accélérations sont franchement convaincantes.

Sur la route, vous aurez deviné que les deux camions se comportent différemment. D’une part, l’ancêtre est doté d’une paire d’essieux rigides combinés à des ressorts. De l’autre, c’est une suspension pneumatique… qui gère la moitié du poids que transportait le vieux Defender.

Ayant acquis des habiletés de routier, le Defender 110 2021 adopte une conduite remarquablement douce. Le système de suspension s’adapte intelligemment aux crevasses sur les chaussées accidentées, même à haute vitesse. Un exercice qui s’apparente plutôt à un rodéo avec le Defender 2002.

Conduite hors route semi-autonome ?

L’écart technologique se fait sentir au chapitre des systèmes hors route. Le Defender 110 2002 est équipé d’un système 4X4 avec un différentiel central verrouillable et un boîtier de transfert à deux vitesses, tous opérés avec des leviers qui requièrent un peu de jus de bras pour les activer — et le tout selon le jugement du conducteur.

Le Defender 110 2021, lui, est armé d’un rouage intégral avancé. La matière grise derrière celui-ci, c’est le système Terrain Response 2. Il configure le Defender de manière optimale en mode Auto, que vous soyez en route vers l’épicerie ou enlisé dans la jungle amazonienne. Mais au-delà de ça, il existe une variété de modes pour toutes les situations — certaines plus improbables que d’autres. Un mode personnalisé permet de calibrer le moteur, la transmission, la direction et l’antipatinage, multipliant les possibilités de vous mettre dans le pétrin — et de vous en extirper.

D’autres fonctions intéressantes : le Defender peut relever sa suspension de 3 pouces très rapidement à la pression d’un bouton. Il a également une caméra qui vous permet de voir à travers le capot et contempler ce qui se trouve sous le véhicule. Cette caméra peut également servir à regarder les poissons : le nouveau Defender peut traverser des plans d’eau d’une profondeur allant jusqu’à 900 millimètres d’eau.

Bilan : ce n’est qu’une question de temps avant que le Defender puisse passer une journée en hors route… pendant que son conducteur reste dans son salon !

Est-ce réussi comme comeback ?

Beaucoup de vieux noms de camions font un retour ces jours-ci. Hélas, certains fabricants semblent oublier de transmettre l’héritage mérité, ressuscitant les noms de camions robustes pour ensuite les apposer sur des véhicules familiaux dociles.

Mais soyons francs ; si l’exemplaire 2002 transportait des troupes dans des endroits ravagés par la guerre civile, le nouveau Defender reconduira des enfants gâtés — collés à leur iPad — à une pratique de soccer quelque part à Blainville...

Mais peu importe leurs habitudes, les propriétaires de Land Rover tiennent toujours aux caractéristiques hors route. Et le Defender a ce qu’il faut pour répondre à leurs besoins et, par le fait même, mériter son badge.

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