Vous souvenez-vous de… la Cadillac Cimarron?

Publié le 11 janvier 2022 dans Voitures anciennes par Hugues Gonnot

La Cimarron représentait le renouveau de Cadillac, son avenir. Elle devait concurrencer les meilleures bagnoles européennes. À la place, elle s’affichera régulièrement sur les listes des pires autos de l’histoire...

La panique!

Pour Cadillac, les années 70 n’ont pas été faciles, toutefois le constructeur termine la décennie sur un record de ventes avec 381 000 exemplaires produits pour le millésime 79. Tout d’un coup, le vent tourne avec le deuxième choc pétrolier qui s’installe tout au long de l'année 1979. En 1980, les ventes dégringolent instantanément et la production s'établit à guère plus de 230 000 exemplaires. Moins de 40% en un an, ça fait mal! Et si ce n’était que ça…

Les goûts de la clientèle aisée évoluent et les acheteurs se tournent progressivement vers des modèles allemands ou suédois. Enfin, il y a la pression gouvernementale américaine avec les normes CAFE (Corporate Average Fuel Economy) qui imposent des moyennes de consommation qui se durcissent rapidement (18 MPG en 1978, 20 MPG en 1980, 22 MPG en 1981, 24 MPG en 1982 et 26 MPG en 1983). Pour une marque qui n’a que des V8 dans son catalogue, l’avenir apparaît funeste. C’est dans ce contexte de panique qu’il est décidé en novembre 1979 de rejoindre le programme J.

Photo: Cadillac

Dernière minute

Lancé en 1976, le développement de la plate-forme J est guidé par la rationalisation. Ce sera une vraie plate-forme mondiale avec des modèles vendus en Europe (Opel Ascona et Vauxhall Cavalier), en Amérique du Sud (Chevrolet Monza) au Japon (Isuzu Aska) et en Australie (Holden Camira). En Amérique du Nord, Chevrolet, Pontiac, Oldsmobile et Buick sont parties prenantes dans le programme… mais pas Cadillac.

Pourtant, la marque travaille déjà à la conception d’une compacte, prévue pour le milieu des années 80. Cependant, sous la pression des concessionnaires, Edward Kennard - directeur de la division Cadillac - prend la décision controversée de lancer un modèle sur la plate-forme en même temps que les autres divisions, c’est-à-dire pour le millésime 1982. Pete Estes, alors président de GM, lui rétorquera : « Ed, vous n’avez pas le temps de transformer une J-Car en Cadillac. » Prémonitoire!

Photo: Cadillac

Ceci n’est pas une Cadillac!

C’est ainsi que la Cimarron est introduite au milieu des autres J-Car (Chevrolet Cavalier, Pontiac J2000, Oldsmobile Firenza et Buick Skyhawk) le 21 mai 1981, avant d’arriver en concession à l’été. Plusieurs choses frappent les observateurs : l’esthétique étonnamment proche de la Cavalier (la Skyhawk est plus distinctive), elle n’est offerte qu’en version à 4 portes (les autres ont droit à des versions coupé et familiale) et puis elle est présentée en tant que « Cimarron by Cadillac » et non pas comme une Cadillac Cimarron (la Cimarron figure dans un catalogue à part de toute la gamme Cadillac, un autre signe).

La lecture de la fiche technique n’a rien pour enthousiasmer l’amateur de conduite : moteur 4 cylindres (une première chez Cadillac depuis 1914) 1,8 litre à carburateur de 88 chevaux et traction avant. Seul éclat de lumière : une boîte manuelle (une première chez Cadillac depuis 1953)… mais il s’agit d’une 4 rapports (une boîte automatique 3 rapports est disponible en option). Le manufacturier semble avoir mis le paquet sur l’équipement de série (climatisation, radio AM/FM avec 4 haut-parleurs, rétroviseurs électriques, roues en alliage et surtout intérieur en cuir). Bizarrement, il faut encore payer un supplément pour obtenir les vitres électriques, le verrouillage centralisé des portes, le radio cassette, le régulateur de vitesse, le volant ajustable ou les sièges électriques.

Photo: Cadillac

Pourtant, la Cimarron n’est pas donnée. Au Canada, elle coûte 15 710 $, comparativement aux 8 447 $ demandés pour une Cavalier berline de base (certes, nettement moins équipée). La marque vante « une nouvelle sorte de Cadillac pour un nouvel acheteur de Cadillac » et annonce que ses concurrentes sont les BMW 320i, Audi 5000, Volvo 240 GLE et Saab 900S. Difficile de ne pas sourire… Surtout quand les premiers essais font ressortir un moteur particulièrement rugueux et anémique. Seule la suspension (personnalisée par Cadillac) est jugée acceptable.

Si lors du lancement Cadillac espérait écouler 75 000 exemplaires par année, la sanction des consommateurs sera nette : 25 968 ventes.

Améliorations continues

Dès l’année suivante, la Cimarron reçoit déjà des améliorations : moteur de 2 litres avec injection (curieusement moins puissant, avec 86 chevaux), passage à 5 rapports pour la boîte manuelle et suspension revue. Et puis, elle devient une Cadillac (mais toujours dans un catalogue à part). Le millésime 1984 voit apparaître un groupe optionnel esthétique baptisé « D’Oro » avec des accents dorés.

Il faut attendre 1985 pour découvrir des changements substantiels : nouvelle calandre unique avec capot modifié, bas de caisses gris, apparition d’un V6 en option (2,8 litres générant 125 chevaux, avec une manuelle 4 rapports ou une automatique 3 rapports), suspension revue, équipement enrichi et tableau de bord numérique optionnel.

Photo: Cadillac

Pour 1986, c’est l’arrière qui est redessiné. Le V6 devient le moteur de série pour 1987. Il est accouplé à une boîte 5 rapports produite par Getrag, fournisseur attitré de BMW. L’avant est révisé et les roues sont redessinées. À la fin de ce millésime, la Cimarron est retirée du marché canadien. Pour 1988, sa dernière année d’existence, elle n'a droit qu'à des changements mineurs.

Si pire que ça?

Tous ces changements n’y ont rien fait. Les ventes ont toujours été décevantes : 19 194 en 1983, 21 898 en 1984, 19 890 en 1985, 24 535 en 1986, 14 561 en 1987 et 6 454 en 1988. Pourtant, Cadillac pensait sérieusement développer une deuxième génération. C’est un vote au conseil d’administration de GM qui tuera cette idée. À la fin des années 80, Cadillac a besoin de budget pour des projets plus importants et plus rentables.

Alors, la Cimarron mérite-t-elle sa place sur les listes des pires autos de l’histoire? Oui et non. Oui, car le projet a été mal pensé dès le début et le lancement raté. La Cimarron est l’archétype de ce qu’il ne faut pas faire en matière de clonage industriel (badge engineering) et démontre le cynisme dont peuvent parfois faire preuve les constructeurs, spécialement américains. Habiller un intérieur en cuir et jeter quelques logos prestigieux sur une auto économique n’en fait pas une voiture de luxe. Bref, même si elle n’était clairement pas à la hauteur de ses concurrentes, la Cimarron n’était pas si affreuse que ça dans le contexte de l’époque… à part la première année. Elle n’était pas forcément une mauvaise voiture. Mais elle était indéniablement une mauvaise Cadillac!

En vidéo : Comment expliquer l’engouement pour le Cadillac Escalade?

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