Vous souvenez-vous de… la Cadillac Allanté?

Publié le 23 décembre 2019 dans Voitures anciennes par Hugues Gonnot

Question : que veut dire Allanté en italien? Réponse : rien! Ce nom a été choisi par un ordinateur parmi 1 700 suggestions. Et ce n’est que l’une des bizarreries de ce modèle rapidement oublié.

Voici son histoire.

De grandes ambitions
Les années 80 ne sont pas tendres pour Cadillac. De leader incontesté du marché américain des autos de luxe dans les décennies précédentes, la marque est en perte de vitesse. Elle peine à suivre technologiquement les bagnoles allemandes, et sa clientèle vieillit progressivement, ce qui n’est jamais bon pour assurer l’avenir.

De plus, le lancement des nouvelles DeVille à traction pour le millésime 85 ne s’est pas passé sans remous. Pour les dirigeants de Cadillac, il fallait lancer un vaisseau amiral, capable de redorer le blason de la marque. Les Mercedes SL et Jaguar XJ-S allaient voir ce qu’elles allaient voir!

Pourquoi faire simple?
Histoire de donner du prestige au projet, le carrossier italien Pininfarina est contacté pour réaliser le design de l’auto et en assurer la production… en partie.

Ce n’est pas la première collaboration entre la marque de Détroit et la maison de Turin. Déjà en 1959-60, c’est Pininfarina qui avait produit les exclusives Eldorado Brougham sur des châssis envoyés de Detroit (99 exemplaires en 59, 101 en 1960). Curieusement, la décision d’utiliser un processus de production similaire pour l’Allanté est prise.

Dans un premier temps, des Boeing 747 spécifiquement dessinés sont chargés avec des composants de base (éléments de châssis, électronique, climatisation, direction) et partent pour Turin. Là, les caisses complètes sont assemblées chez Pininfarina (châssis, carrosserie, peinture, intérieur, toit) où, comme l’indique la brochure Cadillac de 1988, « les Ferrari sont assemblées ». De quoi faire trépider les yuppies! Ensuite, les autos sont rechargées dans les Boeing (qui pouvaient accueillir 56 Allante à chaque vol) pour retourner à Detroit où les ouvriers de Cadillac se chargeront d’installer les trains roulants et d’assurer la finition.

L’avion avait été retenu pour éviter que les carrosseries ne soient exposées à l’air marin, comme c’est le cas lors d’un transport en bateau. Cadillac appelait ce processus transatlantique le « Allanté Air Bridge », d’autres l’ont surnommé une ligne d’assemblage de 6900 kilomètres.

Photo: General Motors

Le standard du monde?
Afin d’affirmer le caractère international de son produit, Cadillac présente l’Allanté au Salon de l’auto de Paris, en septembre 1986, pour le millésime 87. L’auto est basée sur un châssis raccourci et modifié d’Eldorado. Ce qui veut dire que c’est une traction avant et que le moteur est un V8 de 4,1 litres (170 chevaux et 235 lb-pi de couple) accouplé à une boîte automatique à 4 rapports.

L’intérieur est tendu de cuir italien et le tableau de bord reçoit une instrumentation numérique/analogique. L’équipement est si complet que la seule option disponible est le téléphone cellulaire, installé dans la console centrale. L’Allanté est aussi livrée d’office avec un toit rigide amovible en aluminium.

Photo: General Motors

Pourtant, l’accueil est, disons, mitigé. Côté lignes, on a clairement connu Pininfarina plus inspiré. Le moteur manque cruellement de noblesse face à celui de la Mercedes SL (5,6 L) ou au V12 de la XJ-S. Si elle tient raisonnablement bien la route, l’Allanté n’offre pas le raffinement de ses concurrentes européennes, du simple fait qu’elle soit une traction avant. Et si Cadillac met en avant la technologie de son auto, comme l'antiblocage Bosch III ou la chaîne hi-fi Delco/Bose, ceux-ci présentent des problèmes de fiabilité.

Enfin, les capotes des deux premières années sont plus « résistantes à l’eau » que vraiment étanches. Et au niveau du prix, Cadillac n’y va pas de main morte : 81 235 $ canadiens contre 83 795 pour une Mercedes 560 SL ou 69 375 pour une Jaguar XJ-S cabriolet.

Photo: General Motors

L’étoile du nord
Au cours de sa carrière, l’Allanté connaîtra peu d’évolutions esthétiques. Du côté technique, ce sera différent. En 1989, le 4,1 L est remplacé par un 4,5 L (200 chevaux et 270 lb-pi de couple), alors que la suspension reçoit des amortisseurs asservis à la vitesse et que la direction devient à assistance variable.

Pour 1990, une version moins chère est ajoutée (intérieur en tissu, pas de toit rigide amovible). Les millésimes 91 et 92 voient simplement des changements dans la liste des équipements et l’offre des couleurs. C’est au millésime 93 que la plus grosse évolution arrive avec l’apparition du V8 Northstar de 4,6 L.

Avec 295 chevaux et 290 lb-pi de couple, l’Allante est enfin en mesure de livrer des performances dignes de son standard. Malheureusement, il s’avérera que ce moteur mange ses joints de culasse avec férocité, ternissant encore un peu plus l’image et la valeur de revente du modèle. Cette année voit aussi l’introduction d’amortisseurs adaptatifs à pilotage magnétique, développés par Delphi.

Ces évolutions techniques importantes ne suffiront cependant pas à sauver l’Allante. Pour comparaison, elle est alors vendue 71 988 $ canadiens (version sans hardtop) contre 76 000 $ pour une vieillissante XJ-S et 124 600 $ pour Mercedes 500 SL, renouvelée en 1990.

Photo: General Motors

Rare
Initialement, Cadillac envisageait de vendre près de 6000 Allante par année. Ce chiffre ne sera jamais atteint, la meilleure année voyant 4 670 exemplaires écoulés. Et encore, ce sera le dernier millésime, coïncidant avec l’introduction du Northstar. Au cours des sept années de sa carrière, l’Allanté n’aura été produite qu’à 21 430 exemplaires. Ce qui représente tout de même 383 allers-retours de 747 entre Détroit et Turin!

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