Seriez-vous prêts à payer 90 000$ de taxes vertes pour rouler avec un pick-up ou une voiture sport?

Publié le 19 mars 2024 dans Actualité par Journal de Montréal

PARIS | Pendant que la consommation d’énergie liée aux transports routiers continue de croître au Québec, la France s’attaque directement aux propriétaires de véhicules neufs polluants en imposant une surtaxe qui double le coût d’achat.

Vous aimez les Ford Mustang? Vous rêvez d’un Ford F-150 dans votre entrée ou d’une Audi sport?

Si vous viviez en France et que vous décidiez d’acheter un tel véhicule neuf, vous devriez payer 60 000 euros pour l’immatriculer, soit l’équivalent de près de 90 000 $ de taxes ici.

Le malus commence à s’appliquer sur les voitures qui consomment 118 grammes de CO2 par kilomètre avec un tarif de 50 euros. Il grimpe ensuite rapidement pour chaque gramme de plus et atteint, en un claquement de doigts, 60 000 euros pour les véhicules de plus de 194 g/km.

Photo: Ford

Toutefois, à cette somme s’ajoute une taxe selon le poids du véhicule. Plus il est lourd, plus il coûte cher. Le stationnement est également plus dispendieux depuis cette année dans Paris si l’on s’y aventure avec un gros véhicule comme les VUS.

« L’objectif sur les véhicules est de réduire les émissions et la consommation d’énergie. Nous veillons à éviter une tendance à des véhicules toujours plus gros et gourmands en énergie, même s’ils sont électriques. », a indiqué Pierre Janiszewski, le conseiller au ministre délégué à l’industrie et à l’énergie.

«Toutes ces mesures contribuent à garantir une consommation d’énergie aussi efficace que possible»

Impact limité

Le gouvernement français évalue encore la manière de réinvestir les fonds provenant des malus sur les véhicules polluants, pour soutenir des initiatives de transition énergétique.

L’impact serait minime sur les modèles les plus populaires auprès des Français, plus petits et moins énergivores, indique le gouvernement.

Cette mesure affecte principalement le marché des véhicules neufs, surtout pour les modèles américains.

Croissance

33 mégatonnes
Dans son plus récent bilan d’émission de carbone, les transports généraient au Québec 33 mégatonnes de CO2, ce qui représente 42,6% des émissions totales du territoire.

Ainsi, ce secteur est toujours le principal contributeur de GES.

7% de plus
Pour le seul transport routier, il y a eu une croissance de près de 7% d’émission depuis 1990, passant de 24,5% à 31,2% d’émission.

Et, seulement pour le transport routier, il y a eu une croissance de près de 7% d’émission depuis 1990, passant de 24,5% à 31,2% d’émission.

Notre Bureau d’enquête dévoilait que la présence des camions de type F-150 a augmenté de 30% sur les routes du Québec depuis 2011. Un problème, admet le ministre de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon.

Pas au Québec

Québec vient d'annoncé que les rabais à l’achat de véhicules électriques seront réduits graduellement et cesseront d’être offerts pour les véhicules immatriculés à partir du 1er janvier 2027. Néanmoins, le gouvernement de la CAQ n’a pas l’intention d’imposer une surtaxe à l’achat de véhicule très polluant, assure le ministre de l’Environnement. 

« La France est très différente de la réalité géographique du Québec, donc il n’y a pas de malus comme tels qui sont dans les cartons. Il y a déjà, par contre, pour les grosses cylindrées au Québec, un coût qui est plus dispendieux pour ce qui est de l’immatriculation », indique Benoit Charette. Cette taxe atteint 232 $ pour une cylindrée de 6 litres ou plus.

Québec mise surtout à sa norme Véhicule zéro émission qui force les constructeurs à vendre un nombre de plus en plus grand de véhicules électriques. 

«On a une réglementation qui est extrêmement ambitieuse au niveau de l’électrification des voitures», dit-il.

Avec sa mesure, le gouvernement vise 2 millions de véhicules électriques sur les routes d’ici 2030 et l’interdiction de vendre des véhicules à essence en 2035.

LES GROS BOLIDES NEUFS NE SE VENDENT PLUS EN FRANCE

Photo: Nicolas Lachance

PARIS | Un concessionnaire français a vu ses ventes de véhicules neufs chuter drastiquement depuis l’entrée en vigueur d’un coûteux malus, le forçant à difficilement s’adapter pour survivre.

Chez American Car City, en périphérie de Paris, partout sur le terrain, il y a d’immenses véhicules luxueux, sports et utilitaires.

Son propriétaire, Hervey Vallet, doit faire face à l’augmentation drastique d’un malus environnemental depuis le 1er janvier. La majorité des véhicules qu’il vend coûte maintenant près du double.

« Pour un Ford Mustang, l’immatriculation normale, c’est 1 500 euros et l’écotaxe, c’est 60 000 euros. Le prix du véhicule est de 70 000 euros », s’offusque M. Vallet. « Et il y a une taxe au poids aussi d’environ 8 000 euros. »

Photo: Nicolas Lachance

Ainsi pour rouler avec cette voiture sport, il en coûterait presque 200 000 $ au Québec, ce qui inclurait plus de 90 000 $ en taxes.

«Ça n’a pas de sens, trop de taxes tuent la taxe», plaide-t-il.

Lorsque le premier malus a été instauré il y a quelques années, les Français devaient payer 3600 euros et M. Vallet réussissait à vendre des véhicules neufs.

Aujourd’hui, il ne vend qu’une poignée de voitures (sans contourner le malus) à des chefs d’entreprise qui peuvent se le permettre.

« Lorsque la taxe était raisonnable pour les véhicules qui avaient de gros moteurs, les gens comprenaient. Puis, [lorsque] c’est passé à 6000 euros, ç’a été un peu plus compliqué. Ensuite, 10 000 euros. Ça n’avait déjà plus de sens... et maintenant 60 000 euros. Alors, les gens font tout pour ne pas acheter ce genre d’automobile. »

Difficile

Il explique que des entreprises complètes s’effondrent et des marques disparaissent du territoire européen.

« Il y a beaucoup de marques qui ont quitté la France parce que tous leurs véhicules étaient taxés et ils ne vendaient plus rien. C’est beaucoup de gens au chômage et de taxes qui ne rentrent pas », indique-t-il, soutenant que les gens ne roulent maintenant qu’avec des véhicules d’occasion, encore plus polluants à long terme.

S’adapter

De son côté, il affirme que son entreprise s’est adaptée, mais non sans difficulté.

«On vend des occasions, des véhicules qui n’ont pas de taxes et du Tesla d’occasion. On s’adapte, mais en souffrance. C’est dur», explique-t-il.

Il a même trouvé une manière de parfois contourner le malus. Selon le véhicule, si le nombre de passagers pouvant y entrer est réduit, passant de cinq à deux passagers, par exemple. Ainsi, le véhicule change de catégorie. M. Vallet condamne des places, ce qui permet aux acheteurs d’immatriculer l’automobile dans une catégorie différente. Une méthode qui lui permet de vendre encore quelques voitures neuves.

À voir : Essai complet des Shelby Mustang Super Snake et Shelby Raptor

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